Odyssée Noire

25 mai 2011

Chantons Liberté

 

Ce soir, rions, mes amis

On nous l’a rendue

Des taches de mains l’ont blêmie

comme la lune perdue

Déchirées par l’orage

voyez ses ailes de manchot

La tyrannie qu’elle a connue, otage,

aujourd’hui au cachot

Alors ce soir, mes amis

rions à satiété

L’outrage cette fois permis

le laps d’une vérité

 

Ce soir, chantons, mes amis

La honte lavée

Ailleurs, la révolte l’a secourue

et non les archers

par cette hardiesse, sous l’infamie,

que nous avions cachée

Ô mères, tombées dans la rue !

Notre sacrifice, la famine, l’exode

les rêves qui s’érodent

Alors ce soir mes amis

chantons la beauté

de notre déesse investie

de cette bestialité

par les avides qui la possédaient avec appétit

 

Par la caresse, ni par la rage

nous ne l’avons conquise

Et son bel éclat, son ramage

si fades, ne poétisent

aux pupilles fléchées de sang

des boucaniers de Duékoué

des Dozos, des deux clans

tiraillant sur nous, les niakoués.

Mais volons ce soir, mes amis

au ras du paradis

Les bouches pélicanes juchées, oh !

s’affairent comme jadis

Les vautours raniment le credo

le spectre de l’idolâtrie

 

Mignonne, remplis donc leur cruche

et sers nous une rasade

Ce lait de palme fermenté

qui va mousser l’accolade

Sur nos papilles, exaltée,

notre belle fera l’autruche

Au bras de notre fille revenue

dansons, ce soir, mes amis

Elle fut rouée de haines, abusée

Diaphane, elle est nue

Mais trinquons ce soir jusqu’à la nausée,

avec les aigris, qui n’ont déchanté

 

Je te pleure, toi qui me regardes

douce et tendre revenante

Contre le coeur qui se lézarde

conjure l’angoisse effrayante

Je te pleure, ami, ce soir

avant que nous ne dansions

Je pleure Yves, Odette et Maxime

à leur tombe anonyme

Allons donc, chantons de leur voix

ce soir, rions, mes amis

la gorge étranglée du casoar

 

Pour la plus belle, notre Liberté

buvons, l’instant qu’on la rhabille

de vieux orgueils et de guenilles

Sous les hurrah de notre fierté

 

Odyssée noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

Posté par odysseenoire à 10:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


20 mai 2011

Aloko léké léké

ou, La main chaude dans le plat


Les yeux boursouflés en faction,

des hommes salivent, épiçant

l’héroïque et glorieuse chevauchée.

Sur les bûches où tisonnent leurs rires

l’huile rouge gazouille gaiement

 

La vendeuse galvanise la meute

sur son copieux tabouret, campée

D’une manivelle dans la marmite, elle parfume

les tragiques interludes des bidasses,

toutes lèvres au garde-à-vous

 

Se ruent les mandibules trapues

les fourchettes qui croisent le fer et piquent

quand la fournée de banane dorée.

Sur la paluche, minuscules, dans l’assiette

quatre gouttes ravivent la querelle

 

D’un revers saignant au zygomatique

le gus qui se poile est assommé

A grand renfort d’injures grenadées

les mutins à l’assaut du caporal

Au vinaigre tourne la bouffe triomphale

 

Aussitôt hèle, la serveuse abattue

Aloko léké léké !

Le sous-chef, tranché comme un plantain

refroidit dans un charnier d’épluchures

 

En canon, la maîtresse reprend le trémolo

Aloko léké léké !

et bafouille l’air moqueur à mon oreille

ses obus trémulants au corsage :

 

La main gourmande ne fait pas la fête

dans l’aloko, au milieu des fourchettes

Aloko léké léké !

 

Tout en se frottant le képi

Le capitaine rempile à la hâte

Tous ses troufions à la queue

pour des agapes enflammées

 

Odyssée noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

Aloko : frites de banane plantain

Léké léké : chaud, chaud

 

Posté par odysseenoire à 09:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 mai 2011

Le trophée du vainqueur

 

Sur les sentiers endormis, il pédale au champ

Les cils rincées dans l’aube fraîche et limpide

Ses larmes, dans les rayons, zigzaguent entre l’horreur

Un claquement rompt, soudain, le bruit des pierres

 

La grêle des cartouches, quand hier, eut cessé

Par vague, la forêt refoulait les rescapés

D’un pâle crépuscule, le village s’est encrêpé

Sur la place, raides, couchaient familles et crapules

 

Dans le canari plein de la sueur des cauchemars

Pataugeaient ses nuits fuyant les mercenaires

Hantés par la faim qui veille sans trêve dans la case

Les enfants grillonnent, attendant son retour

 

Chancelle le paysan dans la mare de roseaux

Les jambes qui vrillent sous les ululements du vent

Ruisselle à son cou le soleil trempé de sang

Au pied d’un acacia ocellé de cristaux

 

Une ombre furtive, canon en épi, s’enfuit

Au silence s'est évanoui le cliquetis du vélo

 

Odyssée noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

Posté par odysseenoire à 09:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 avril 2011

Le pardon

 

Tu me demandes d’y croire

A travers les persiennes, aux lendemains sereins

Ils sont striés par les pleurs que j’ai versés

sur la vigueur des nôtres et des miens.

A la sieste des armes, à cette heure candide

As-tu vu la balle qui logeait dans sa tête ?

Balle égarée dans l’amour de la tante

Ô Amour perdu

 

Tu me demandes d’espérer

Mais les tâches d’angoisse, de chagrin dans le toit

parsèment le coeur qui ne cesse de grincer

As-tu entendu à l’aurore éclater

le tocsin des orphelins ?

Obus tombé sur l’amour des parents

à l’abri d’un cagibi loin des enfants

Ô Amour éclaté

 

Tu me demandes de la patience

Cette rançon exigée aux familles. 

Goulot froid pointé sur leur tempe,

il leur faut cent fois décortiquer le silence.

Dans les épluchures du bonheur éparpillées

où trouver l’odeur et l’empreinte otages ?

Longue procession entre haine et amour

pour arracher son père aux ravisseurs

Ô Amour pillé

 

Tu me demandes de pardonner

La douleur, les heures frelatées

Mais peuvent-elles à vrai dire t’entendre ?

La honte déposée aux pieds du vainqueur,

La colombe griffonnée au ciel,

Suffisent-elles à effacer les roquettes

qui avortaient chaque nuit nos espoirs ?

Ce pardon dérisoire ne parvient à l’oreille

Ni des charniers, Ni de la chair à canons

 

Pour les condamnations à mort

infligées à nos rêves

Qu’ils portent les sépulcres

noyés au fond des yeux orphelins

Qu’ils y lisent la pitié qu’ils n’ont pas eue

Qu’ils puisent leur dignité

 

Pour les larmes tombées à terre

Pour chaque goutte de sang qu’elle a bue

Qu’ils égorgent nos cauchemars

truffés de leurs lames empoisonnées

Qu’ils y voient une fois, rien qu’une fois

Comment devenir un homme

 

Odyssée noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

Posté par odysseenoire à 06:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

19 avril 2011

Mon Afrique

 

Je veux te conter l’Afrique où je flânais

Sa misère à perte de vue où pousse la démesure

Emprise aux fourberies sous l’invasion des monarques

Te conter mes larmes sur son écorce dure

Mais, Mais…

 

Je veux te conter mon Afrique calfeutrée

Dans ses logorrhées, ses masques et ses oraisons

Dans le rituel des allégeances ancestrales

Qui enflent, gonflent de servilités ses poumons

Mais, Mais…

 

Je veux te conter le naufrage de mon Afrique

Les vents en palabre qui déchirent sa voilure

La houle sur sa liberté et ses espoirs rossignols 

Te conter l'odeur purulente qui écume sur ma blessure

Mais, Mais…

 

Je veux te conter mon Afrique bleue et ocre

J’habitais sa détresse, ses souffrances latérites

Son ardeur mutilée par l’appétit des ogres

Te conter les offenses à ses enfants baobab

Mais, Mais…

 

Je veux te conter l’Afrique cinquantenaire

Portant dans sa bosse ses forfaitures, ses déchets

Le refrain tragique du Roi nègre de Césaire

L’Afrique des sempiternelles décolonisations

Mais, Mais…

 

Je vais plutôt te conter l’Afrique dans la cime

Ses greniers d’argile comblés de courage

J’habite cette Afrique s’extirpant de l’abîme

J’habite la sagesse universelle qui emplit son carquois

 

De mon Afrique, fils, fais en bon usage

Au soleil pluvieux, déploies ses audaces

Toi qui incarne sa réussite patente

Cultive dans mes cicatrices cette terre que j’enlace

 

Odyssée noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

 

Posté par odysseenoire à 05:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


16 avril 2011

Saison lente


J’attendais impuissant entre gel et fièvre

Que le dragon bicéphale n’ait plus ses têtes

Il agonise à présent sur les engelures des innocents

Sa queue gigote et convulse

Sous mon oreiller, le massacre sournois

Faut encor attendre pour rêver

 

J’ai attendu, du nord vint l’harmattan

Audace providentielle qui s’engouffre

Par tous les sentiers, les colonnes de la ville

dans le dos, ses piqûres glaciales 

Et les pilleurs à sa queue qui désossent

Razzia goulue vengeresse

 

J’attends à présent qu’ils passent

Coup sur coup, je cogne d’agacement

sur les prédateurs débusqués

Reste le caporal, le fanfaron qui se terre

dans le maquis se meurt

Et sa queue galonnée se recroquevillant

Pour l’allégeance salutaire

 

J’attendrai la saison des pluies

La fin de l’harmattan que tout fleurisse

Je reprendrai mon chant où l’ai laissé

Un long soupir poussé librement

 

Enterrés, nos morts et le calvaire

Enterrées mes insomnies, aux étoiles

Enfin je n’attendrai plus,

le front épongé des supplices et des peurs

Mais les entailles aux mains

Incurables, je les  garderai.

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

Posté par odysseenoire à 07:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 avril 2011

Pour notre victoire à tous

 

Toutes les femmes et les hommes, à vos devoirs

Tes armes, jeunesse, qu’elles servent l’humanité

A nos trophées remportés sur l’adversité

Les rayons chatoieront à nos yeux de savoir

 

Les innocents, les otages, l’indifférence

Les verbes aiguisés, le sang que nous versions

Les morsures de la guerre, les transgressions,

A l’oubli, qu’ils n’échappent à notre conscience

 

Aux mains tendues à l’ennemi et à ses peurs

Aux ambitions ne ferraillant que pour la gloire

Les martyrs sont honorés par la victoire

De l’amour, l’union, gravés dans nos coeurs

 

A toutes nos mères, tous nos pères, au désespoir

A votre courage contre l’horreur, les bataillons

A vos sourires en lambeau, joies en haillons

Tous nos rêves qui dandinent sur vos espoirs

 

Toutes les prières, les confidences, prises en étau

Les larmes, les pardons, mariés pour la nation

Sur l’horizon, partageons forces et passions

Les étoiles aux ténèbres soleilleront plus haut

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

Posté par odysseenoire à 12:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 avril 2011

Le fossoyeur

 

Les tribunes encor sont offertes au fossoyeur

Caché derrière sa moustache hitlérienne

Il besogne sous le nom usurpé de Toussaint

 

Sur tous les écrans, il claironne en noir

Trop faiblement étranglé par sa cravate

Il vomit sa bile, litanie nauséabonde

Mais pour son malheur, la messe est dite

 

Il s’entête à prouver la charité de son maître

Par des arguties dithyrambiques

Lui, l’exilé aux terres de la liberté

qu’il dénie sans vergogne à sa fratrie nègre

 

La parole désormais va aux sains d’esprit

Aux innocents, aux martyrs de la patrie

Ce jour consacré à la sacro-sainte liberté

Que l’on a exhumée en chantant

Non aux imposteurs, non aux pyromanes

 

Odyssée noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

Posté par odysseenoire à 20:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 avril 2011

Deux bêtes en cage

 

Retranchées dans leur tanière au bénitier

Après tant de blessures et de tueries

La famine mordant, les coups de mortier

Les voilà à la queue leu leu sans leur furie

 

Les griffes émoussées jusqu’alors affûtées

Qui propageaient la veille, sans retenue

Terreur et consternation dans la cité

Sont celles des tueurs impuissants et nus

 

Aux mains des chasseurs, prêts à châtier

Dociles, elles agitent leur queue rabougrie

Pour implorer cette fois la  pitié

Et non essaimer les treillis vert-de-gris

 

Pantoises, pantelantes, la tignasse éparse

Aux réprimandes d’un bidasse, assénées,

Elles déglutissent leurs funestes farces

Tels des chenapans craignant d’être malmenés

 

Le regard hagard, la mâchoire qui flageole

Dans la cage, captives, sont les bêtes

Terrifiées, les bras léchant le sol

Et la peur qui dégouline de leur tête

 

Terrible ricochet de balles sur les despotes

Perdant la raison, se voyant prophètes

Nourris du sang de leurs compatriotes

Les voilà ces parricides qui végètent

 

Laissez-les au bras de leur démence

Ne méritant point qu’on leur donne la mort

Sans pitié sévira la déchéance

Pour leurs crimes commis sans remords

 

Odyssée noire / chevalnoirdulysse@gmail.com


Posté par odysseenoire à 23:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

16 mars 2011

Affres des nuits en guerre

 

Cris d’Akpani [1]

Garrots serrés

Ville pétrifiée

Nuit captive

 

Sifflets en berne

Marmite Djembé [2]

Rêves syncopés

Nuit corrosive

 

Canons claquant

Grelots à l’aube

Fracas des blâmes

Nuit fautive

 

Cloche stridente

Imam hurlant

Sanglots des veines

Lueur craintive



[1] Roussette, chauve-souris

[2] Tam-tam, tambour

 

 

 

 

             

Posté par odysseenoire à 10:06 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

14 mars 2011

L'église des réfugiés de l'enfer

(Dédié à une amie)


La natte sous l’aisselle, cantiques sur la tête

à la migration de ses maigres reliques      

Abobo, Mille-pattes, en proie à la panique       

rebrousse le sentier sinueux de l’enfer

Saint Ambroise ! Le refuge qu’il préfère

 

Sur des fils blancs aux cardinaux tendus

entre ciel parsemé des éclats d’obus

et marmite aux fourneaux qui écume d’effroi

pagnes et silence sèchent au désarroi

Saint Ambroise ! Doux chant d’alouette

 

Au partage de l’hostie du généreux prêtre 

Avec leur chapelet, deux vaillantes femmes

La nonne de son état, prêcheuse déclame :

Ô Dieu, mon pays n’ira aux agresseurs

Saint Ambroise ! A sa souffrance, muette

 

L’autre bienveillante ausculte l’enfant

tambourine sur le ventre creux et chauffant

dans la main, son coeur, les gélules d’espoir

Signes de compassion, sens du devoir

Saint Ambroise ! Elle paye ta lourde dette

 

Par la bénévole, Christ à sa passion

Asséchée, la source de l’abnégation

de Desmond Tutu, d'Isidore De Souza

aux soutanes cramoisies où le peuple puisa

Saint Ambroise ! Sans évêque devant la bête

 

Odyssée Noire

 

 

 

Posté par odysseenoire à 10:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 mars 2011

L'Eburniaise

Pastiche de l'Abidjanaise

 

Adieu Ô terre d'espérance
Pays de la diversité
Tes milices à ta déchéance
déshonorant ta dignité

Tes fils ennemis Côte d'Ivoire
Fiers pyromanes pour ton malheur
Tous défendant leur seule victoire
Te détruiront de leurs horreurs

Fiers et vauriens
du pays nous rejettent
que nous ayons sur la paix
bâti la prospérité

 

Quel désespoir d'être un vrai modèle
Des déficiences commises par l'africanité
En démembrant dans la folie actuelle
La patrie promise à l’humanité.

 

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

 

 

Posté par odysseenoire à 11:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 mars 2011

Mon frère ennemi de sang


 

Quand l’étendard cannibale hisse tes armes

Port-Bouet[1] agressé s’arc-boute aux vagues

L’édifice pachyderme brame Akwaba [2]

 

Fier de t’enterrer dans l’urne, Scélérat

Le sang partisan endure tes crachats

Tes démences ennemies baignent aux marées 

Brutes et mercenaires dévastent les allées

 

Je refuse ton arme aux mains tocardes

Pelle bâtisseuse si prompte criminelle

Je refuse ton verbe, souillures sur l’écran

Simagrées mortelles semées par mandat 

 

Le sable suce le sang rouge des machettes

coupant les bras, devenue meurtrière

Violes, tues, mères et filles, Vengeance sonnera

 

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com



[1] Quartier d’Abidjan en bordure de mer

[2] Bienvenue (dialecte Akan et Lagunaire d’Afrique de l’ouest)

 et Grande place dans le quartier de Port-bouët et de l’aéroport avec des sculptures d’éléphant – emblème du pays.

Posté par odysseenoire à 16:13 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

06 mars 2011

Sept détonations pour nos mères

 

Maman, Maman, prend moi

Attache ta dignité à la hanche

Et mes rêves à ton dos, bercés

La tendresse au buste bien serrée

Ils ne pourront sur vous tirer

Jeter leur haine canonnière.

 

Maman, Maman, lève-toi

Teinte ton oeil des souffrances

Accouchant mes cris originels

De peur le fusil ne viendra

 

Maman, Maman,

l’artillerie attendait

la cadence résolue de vos pas

Mon cœur avec l’ombre du manguier

frissonnait des coups sur ton amour

 

Sept détonations 

Et pas un cri ne retentit

dans la vapeur inerte de l’asphalte

Pourtant le tireur m’avait vu dans tes yeux

Et tous mes espoirs qui meurent

 

Maman, Maman, réveille-toi

Qu’ont-ils fait de nos espoirs

Ce jour, dans mes mains orphelines 

Les rayons sanguinolents à ton front

Je pleure ton sang sur ma joue

 

Maman, Maman,

Allons sous le manguier

Ici, le soleil est brûlant,

Maman, lève-toi Maman ……

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

Posté par odysseenoire à 20:57 - - Commentaires [3] - Permalien [#]

05 mars 2011

Comptes d'un jour de guerre

 

Souviens-t-en, nous rentrions la semaine dernière. Sur le chemin, nous avions croisé le désespoir, appuyé au distributeur d’une banque. Une femme aux aguets le tenait en laisse comme son sac visiblement trop chétif pour supporter les famines de son foyer.

Elle attendait patiemment que vienne son tour. Son seul souhait: tirer de sa fortune la pitance de quelques jours. Sans le tamis en osier, elle ferait le compte des grains de riz, les recompterait autant de fois qu’il y aurait de doigts et d’yeux autour du plat. Toutes les parts seront égales. Qu’à cela ne tienne, pour imposer que l’unique repas soit pris le midi, elle engagerait la guerre contre son mari. Peut-être lui restera-t-il quelques pièces pour écraser de sa pierre l’arôme qui épaissirait la vapeur sur la sauce.

Souviens-t-en, c’était à la même heure. Sur le chemin, nous avions entendu la vanité, pontifier et étaler son entregent. Un homme aux aguets la tenait avec la prétention si pleine qu’elle devait lui valoir un titre égal.

Depuis très longtemps, il attendait que vienne enfin son tour. Son seul but était de tirer son épingle du jeu dans la guerre qu’il menait pour le fauteuil escompté. La faillite de ses rivaux lui avait laissé le champ libre. Sur un plateau en or, une Direction lui fut offerte, mais il s’agissait d’une banque fantôme. Qu’à cela ne tienne, il entendrait claquer  les liasses de son compte autant de fois que les talons claqueraient à son passage. Peut-être lui restera-t-il quelque fierté à écraser de sa modestie ceux qui n'avaient pas obtenu le poste.

Souviens-t-en, c’était à la même heure. Sur le chemin, nous avions aperçu la résignation, cachée dans l’ombre de la peur. Un jeune homme aux aguets l’abritait derrière un baril, si vide que les tirs n’auraient pu ricocher sur lui.

Il attendait gaillardement que vienne aussi son tour. Tirer la balle qui ferait abdiquer le Général. Pour cela, il serrait entre ses dents la rage de son quartier et celle de tous ses partisans. A chaque tir adverse, il pesait et soupesait les risques qu'il encourait. Qu’à cela ne tienne, il était convaincu que le char l’épargnerait autant de fois qu’il lancerait ses modiques projectiles. Peut-être lui reviendrait-il la tâche de compter et recompter les survivants. Jusqu’à l’assaut prochain, Il pourrait ainsi écraser les balles sous ses pas de danse.

Les balles à cette heure fusaient, les corps nombreux tombaient. Plus tard nous avons reconnu ce jeune. A la poche de sa chemise déchirée, l'unique billet de banque qu'il gardait précieusement déteignaient dans le sang. Il était troué en plein cœur.

Les personnages et les situations de ce récit n’étant pas purement fictifs, toute coïncidence avec des personnes vivantes ou ayant vécu ne saurait être que pure ressemblance .

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

Posté par odysseenoire à 07:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

04 mars 2011

A ma porte crépite la peur


Roquettes contre les cruels adversaires

Débordant de Séniles tortionnaires

Ici le commando de l’invisibilité

L’espoir crucifié par les atrocités

 

Les dépouilles collatérales vont décimer

le suffrage serré dans leurs poings armés

J’entends à ma porte crépiter ma peur

Taper cococo aux premiers chants de l’horreur

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

Posté par odysseenoire à 12:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

03 mars 2011

De quelle dictature suis-je ?

 

A sa baraque, Moubarak craque

L’Egypte brandit son effigie

Aux baratins d’une dictature

Sous l’égide de ses sous-fifres

 

Alalie, Ben Ali gît

La Tunisie balbutie

Bannit jusqu’à la lie

les arguties de sa dictature

 

Vaillant peuple à la baraka 

Tes illuminés n’étaient pas aliénés

 

Car la Kadhaf-nikov elle carnarde

De ses libidos, la Libye, un lit

Le sang  à la barbarie noire

Six mille cadavres kadhafiés

 

Barack catastrophé, impuissant

Lève la bannière étoilée

Bel alibi pour les pétrophages  

En cascade promet l’or noir

La météorite révolutionnaire

 

Alors, trop p’tit, le brut d’ivoire

Un p’tit cas, peut-être deux

Deux fois deux cents cacaos tombés

Les tirs gba gbo du Kadhafi Laurent

Eux seraient en cavale au Go! des G.I.

kadha, kadha, kadha …..

 

Vaillants peuples au capharnaüm

De la dictature aliénée !

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

 

Posté par odysseenoire à 11:25 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

ABOBO la CREMATION

 

La sauce sur la langue a un goût lacrymogène

L’odeur du jeune osant se dévêtir

Le gargouillement des balles dans les veines

Avide de douceur, je n’arrive pas à déglutir

 

Nouée par les rotations de l’hélicoptère

La foule en crue s’enfuit du cimetière

Visant son corps aux vaillantes artères

La rafale balaie son ombre dans la poussière

 

Mes lèvres tressautent à la détonation

La bouche en feu quand s’ouvre sa poitrine

Mince bouclier face aux fringales assassines

Mon cœur bat au cœur d’ABOBO-CREMATION

 

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

Posté par odysseenoire à 11:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

Panel noir et palette d'espoir

 

Si loin Rwanda tes rues saignaient

Envoûtées par des machettes épuratrices

Si loin Haïti tes faubourgs guerroyaient

Sur le séisme aux répliques cholériques

 

Sierra [1] si loin sanglotaient tes enfants

Nés le sixième doigt en gâchette

Si loin Darfour flanchaient tes femmes

Souffrances du désert à leur dos

 

Si loin Biafra, Libéria si loin

Ineffables tremblements de terre

Derrière l’éléphantiasique Nimba [2]

Si près vos prémices embusquées. Aux alentours

 

Encore la craie sur les lattes de Samba

D’un signe crucifiant le voisin

Encore Le pick-up hérissé d’armes

Plus venimeux qu’un porc-épic en treillis

 

Sous ton regard amnésique si loin,

Terre noire de panels [3] illusoires

Gît la palette des lointains espoirs

fanés par tes cacades [4]


Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 


[1] Première colonie britannique  d’Afrique noire. Sierra Léone = montagne du Lion

[2] Montagne à la frontière ouest Côte d’ivoire - Guinée, proche du Libéria.

[3] Echantillon de chefs d’état africain diligentés par l’UA pour le règlement du conflit ivoirien

[4] Cacade : Abandon, reculade ou lâcheté.

Posté par odysseenoire à 11:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

De Treichville à Koumassi

 

L’hymne à mon pouls, fluide mais teigneux

s’accroche au cou de l’intrépide KOUMASSI 

Tressant des lauriers de feu avec des pneus

fièrement il freine les mitrailleuses que voici

 

Mes espoirs n’ont pu piétiner le chaud bitume

réclamer avec ces femmes, leurs fils blessés

Pagne noué aux traditions qu’elles exhument

telles les victoires aïeules aux cils dressés.

 

Pensant que la Liberté est toujours plus utile

ravie par d’autres, que moi clamant « Qui est fou »

Mon sang s’égoutte aux mamelles de TREICHVILLE

honteux d’avoir fait naître l’Invisible garde-fou

 

Odyssée Noire / chevalnoirdulysse@gmail.com

 

Posté par odysseenoire à 11:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]